par Ali Sawafta
Un projet de loi israélien visant à étendre le contrôle civil sur des sites antiques en Cisjordanie suscite de vives critiques et inquiétudes de la part de Palestiniens et d'ONG israéliennes, qui y voient une mesure d'annexion de territoires occupés et susceptible d'élargir les implantations juives.
Le texte, qui porte sur la création d'une Autorité du patrimoine de Judée-Samarie (la Cisjordanie, désignée en Israël par son nom biblique hébreu), a franchi en mai dernier l'une des trois lectures requises au Parlement israélien.
L'incertitude persiste toutefois quant à la tenue du vote final avant la dissolution de la Knesset en amont d'élections attendues d'ici au 27 octobre.
Le projet de loi prévoit de placer la gestion de sites datant des époques romaine, byzantine et des croisades sous l'autorité du ministère israélien du Patrimoine. Il autoriserait également l'"expropriation et l'achat de biens immobiliers" en Cisjordanie.
Une telle mesure retirerait de facto à l'Autorité palestinienne la supervision de certains sites antiques. Dans le cadre des accords d'Oslo des années 1990, celle-ci exerce une autonomie limitée dans certaines zones de la Cisjordanie, territoire conquis par Israël lors de la guerre de 1967.
Le ministre palestinien du Tourisme, Hani Al-Hayek, estime que le "contrôle de ces antiquités vise à étendre le contrôle et à développer les implantations dans ces zones, au coeur des territoires palestiniens".
Les autorités israéliennes assurent que le projet a pour objectif la protection des sites antiques.
MENACE D'ANNEXION
Peace Now, une ONG israélienne qui se consacre à la surveillance des colonies israéliennes, juge que le texte "constitue une mesure d'annexion à tous égards" et entraîne des confiscations massives de terres palestiniennes.
L'organisation souligne que l'utilisation de l'archéologie à des fins d'expansion des implantations n'est pas nouvelle, mais que l'ampleur des mesures actuelles serait sans précédent.
Un exemple souvent cité est celui du village palestinien de Sebastia, dans le nord de la Cisjordanie, où les habitants tirent en grande partie leurs revenus du tourisme lié à un site archéologique voisin.
Ce site comprend des vestiges du royaume israélite du IXe siècle avant J.-C., ainsi que des traces des périodes romaine, byzantine, des croisades et ottomane, selon des archéologues. Il figure sur une liste indicative en vue d'une éventuelle inscription au patrimoine mondial de l'Unesco.
Fin 2025, Israël a annoncé un plan visant à saisir environ 1.800 dounams (environ près de 2 km²) sur ce site, officiellement pour en développer les infrastructures. D'après des responsables locaux, quelque 5.000 oliviers seraient menacés.
"Ils intègrent des zones contenant des ressources en eau, des routes et des site archéologiques, en nous laissant, nous les habitants, sans ressources. Cela fait partie de l'expansion des implantations", déclare le maire-adjoint de Sebastia, Nizar Kayed.
L'activité économique souffrait déjà depuis fin 2023 de la chute du tourisme, explique Nahed Sakha, restaurateur dont l'établissement se trouve sur un terrain visé par les confiscations. "Il est clair que le plan israélien vise à isoler le site archéologique de la population", a-t-il ajouté.
"IMPERATIFS DE SÉCURITÉ"
De son côté, le député israélien d'extrême droite Zvi Sukkot, l'un des promoteurs du texte, fait valoir que l'extension du contrôle israélien vise à protéger des vestiges remontant à l'époque biblique.
"Il n'y a rien ici qui change le statut juridique de la Judée-Samarie", a-t-il assuré à Reuters.
"Beaucoup sont dérangés par notre volonté de prouver les liens entre le peuple d'Israël et cette terre. Toutes les histoires de la Bible, toute notre histoire, le peuple (d'Israël) sont nés en Judée-Samarie", a-t-il poursuivi.
Zvi Sukkot, membre du Parti Sioniste religieux, favorable aux implantations comme nombre d'alliés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s'oppose à la création d'un État palestinien et milite en faveur de l'annexion de la Cisjordanie.
Les Nations unies et la majorité des pays considèrent les implantations israéliennes comme illégales au regard du droit international, en vertu de la quatrième Convention de Genève qui interdit le transfert de population civile dans un territoire occupé.
Israël conteste cette interprétation et qualifie la Cisjordanie de territoire "disputé", invoquant des impératifs de sécurité ainsi que des liens historiques et bibliques.
Le projet de loi suscite également des inquiétudes au sein même des institutions israéliennes, notamment parmi des responsables juridiques des services de sécurité et des scientifiques.
Dans une lettre ouverte adressée à Benjamin Netanyahu et à Zvi Sukkot, l'Académie israélienne des sciences et des lettres a appelé à l'abandon du texte.
"Cela conduira sans aucun doute à une détérioration immédiate des relations internationales d'Israël dans le domaine de l'archéologie, et aura également des répercussions sur d'autres domaines de la science et de la recherche", a-t-elle averti.
(Avec Maayan Lubell, Nuha Amer, Hannah Confino et Dedi Hayun; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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